C’est dimanche et tous sont à la cérémonie. Voici celui de sucre qui rit aux éclats, Et voilà le Poilâne, qui rigole aussi, Et tout au fond, au chaud, le petit chocolat.
Il y a le sec, qui n’est venu que pour le vin, Le complet et le blanc, qui sont là pour manger, L’oriental épicé, qui change du train-train, Et même le perdu, que l’on a retrouvé
Enfin au premier rang notre pain quotidien, Venu nous rappeler comment gagner le sien.
Le pain bénit prit la parole et déclara : « Puisque nous sommes tous désormais réunis, Mettons nous sur la planche, ensemble on gagnera, Partageons-nous, offrons-nous aux plus démunis !
Les petits matins froids du mois de février Se lèvent dans des tons de rouge orangé, Et les nuages lentement s’étirent, Laissant au soleil le temps de se vêtir. De sa douce chaleur, il fait fondre la glace Que la nuit dépose comme une carapace, Sur une nature, encore engourdie Qui ne demande qu’à reprendre vie.
Février à mauvaise réputation. A la lecture des vieux dictons On le dit, froid, pluvieux, venteux Et pourtant il est bien besogneux Puisqu’il prépare le Printemps Tirant la nature de son engourdissement Un petit peu plus, chaque jour Sans rien attendre en retour Que de mourir, pour laisser sa place A ce coquin de mois de Mars.
Mardi-gras et la chandeleur Amènent à ce petit mois travailleur Un air de fête, apprécié des petits Qui le couvrent des couleurs des confettis. Dominique SAGNE
Qui n’est pas fatigué après ces fêtes ? Trop mangé, trop bu (!) trop couru pour trouver le cadeau qui fera plaisir quand le vieux bonhomme Noël ne l’aura pas trouvé ! Et peut-être aussi après une année remplie de soucis et de mauvais souvenirs… Et maintenant la déco a ranger !
Flapis, fourbus…harassés…patraques… raplaplas …. nous sommes !
Pourtant je me souviens de quelqu’un qui a fait l’éloge de la fatigue !
ECOUTEZ !
« Vous me dites, Monsieur, que j’ai mauvaise mine, Qu’avec cette vie que je mène, je me ruine, Que l’on ne gagne rien à trop se prodiguer, Vous me dites enfin que je suis fatigué.
Oui je suis fatigué, Monsieur, mais je m’en flatte. J’ai tout de fatigué, la voix, le coeur, la rate, Je m’endors épuisé, je me réveille las, Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m’en soucie pas. Ou quand je m’en soucie, je me ridiculise. La fatigue souvent n’est qu’une vantardise. On n’est jamais aussi fatigué qu’on le croit ! Et quand cela serait, n’en a-t-on pas le droit ? »
« Je ne vous parle pas des tristes lassitudes, Qu’on a lorsque le corps harassé d’habitude, N’a plus pour se mouvoir que de pâles raisons… Lorsqu’on a fait de soi son unique horizon… Lorsqu’on a rien à perdre, à vaincre, ou à défendre… Cette fatigue-là est mauvaise à entendre ; Elle fait le front lourd, l’oeil morne, le dos rond. Et vous donne l’aspect d’un vivant moribond…
Mais se sentir plier sous le poids formidable Des vies dont un beau jour on s’est fait responsable, Savoir qu’on a des joies ou des pleurs dans ses mains, Savoir qu’on est l’outil, qu’on est le lendemain, Savoir qu’on est le chef, savoir qu’on est la source, Aider une existence à continuer sa course, Et pour cela se battre à s’en user le coeur… Cette fatigue-là, Monsieur, c’est du bonheur.
Et sûr qu’à chaque pas, à chaque assaut qu’on livre, On va aider un être à vivre ou à survivre ; Et sûr qu’on est le port et la route et le gué, Où prendrait-on le droit d’être trop fatigué ? Ceux qui font de leur vie une belle aventure, Marquent chaque victoire, en creux, sur la figure, Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus Parmi tant d’autres creux il passe inaperçu.
La fatigue, Monsieur, c’est un prix toujours juste, C’est le prix d’une journée d’efforts et de lutte. C’est le prix d’un labeur, d’un mur ou d’un exploit, Non pas le prix qu’on paie, mais celui qu’on reçoit. C’est le prix d’un travail, d’une journée remplie, C’est la preuve, Monsieur, qu’on vit avec la vie.
Quand je rentre la nuit et que ma maison dort, J’écoute mes sommeils, et là, je me sens fort ; Je me sens tout gonflé de mon humble souffrance, Et ma fatigue alors est une récompense.
Et vous me conseillez d’aller me reposer ! Mais si j’acceptais là, ce que vous proposez, Si je m’abandonnais à votre douce intrigue… Mais je mourrais, Monsieur, tristement… de fatigue. »