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« Il est brutal et bruyant.
Je me lève avec peine,
je m’habille avec lassitude,
je sors avec regret,
et chaque pas,
chaque mouvement,
chaque geste,
chaque parole,
chaque pensée me fatigue
comme si je soulevais un écrasant fardeau.

fatigue

Mais quand le soleil baisse,
une joie confuse,
une joie de tout mon corps m’envahit.
Je m’éveille,
je m’anime.

A mesure que l’ombre grandit,
je me sens tout autre,
plus jeune,
plus fort,
plus alerte,
plus heureux.

Je la regarde s’épaissir
la grande ombre douce tombée du ciel :
elle noie la ville,
comme une onde insaisissable
et impénétrable,
elle cache, efface, détruit les couleurs,
les formes,
étreint les maisons,
les êtres, les monuments
de son imperceptible toucher.

Alors j’ai envie de crier de plaisir
comme les chouettes,
de courir sur les toits comme les chats ;
et un impétueux,
un invincible désir d’aimer s’allume dans mes veines. »

Guy de Maupassant(clic)

1889

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