Le temps de vivre…

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bleuet

Il a dévalé la colline
Ses pas faisaient rouler les pierres
Là-haut entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie

Il respirait l’odeur des arbres
Avec son corps comme une forge
La lumière l’accompagnait
Et lui faisait danser son ombre

Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil

Les canons d’acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l’eau

Il y a plongé son visage
Il riait de joie il a bu
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il s’est relevé pour sauter

Pourvu qu’ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L’a foudroyé sur l’autre rive
Le sang et l’eau se sont mêlés

Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil

Le temps d’atteindre l’autre rive
Le temps de rire aux assassins
Le temps de courir vers la femme

Il avait eu le temps de vivre.

Boris Vian

Jean-Louis Aubert « Où je vis »

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Je vis à l’heure dans le coeur
D’une montre arrêtée
Le temps s’est envolé
A cessé de couler
Les jours passent comme de l’eau


A mes pieds, immobiles
De grandes roues dentelées
Semblent me regarder

L’amour
Suit son cours
Et le cours de ce jour
Le maître a dit « Aimez »

La rivière chante quand je chante
La nuit va s’allonger
Au fond de la vallée
Où le jour l’a quitté
Des lions dorment à mes pieds
Près du feu, allongés
Près d’un loup solitaire
Qu’ils aiment comme un frère

L’amour
Suit son cours
Et le cours à ce jour
Le maître dit « Respirez »

Au loin ils passent des trains
Qui jamais ne m’emmènent
Dans la gare oubliée
La vie, les souvenirs
En vain chante ce train
Et je sais où il mène
Dans la gare désertée
J’entends notre avenir

L’amour
Suit son cours
Et le cours à ce jour
Le maître a dit « Restez »

Les saules coulent des branches
Qui doucement se penchent
Sous les lueurs du ciel
Tendrement reflétées
Ici parfois une rose
Semble dire quelque chose
De chuchoter au coeur
Mais seulement quand elle ose
Pas besoin d’autre chose
Quand se taisent ecchymoses
Ne pense plus à ces choses
C’est là que tu te poses
Ton voyage
T’alourdit
Oiseau du paradis
Et le cours d’aujourd’hui
C’est « Va donc la retrouver »

« Va donc la retrouver »
« Va la retrouver »
« Va la retrouver »

« Yves Jamait – La fleur de l’âge »

Ne me dites pas qu’à peine éclose
La fleur de l’âge se flétrit
Je vis avec ce genre de rose
Au parfum tout juste fleuri
Le temps qu’il a mis à figer
Sur son regard quelques ridules
D’autres ont tenté de les cacher
En maquillage ridicule
Bien sûr la jeunesse suppose
Quelques atouts innocents
Qui font que le regard qu’on pose
Sur elle semble vite indécent

La facilité qu’une jupe
A de se lever me ravit
Mais voilà je ne suis pas dupe
De ces fausses facéties

Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J’aime la beauté dont il te pare
Et dont je suis l’amant
Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J’aime la beauté dont il te pare
Mmmh

Les filles de papier glacé
A peine au sortir de l’enfance
Viennent tout juste éveiller
Le plus sensible de mes sens