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VIA

Je rencontrai l’autre jour une bonne fée
qui courait comme une folle malgré son grand âge.

— Êtes-vous si pressée de nous quitter, madame la fée ?

— Ah! ne m’en parlez pas, répondit-elle.
Il y a quelques centaines d’années que je n’avais revu votre petit monde,
et je n’y comprends plus rien.
J’offre la beauté aux filles,
le courage aux garçons,
la sagesse aux vieux,
la santé aux malades,
l’amour à la jeunesse,
enfin tout ce qu’une honnête fée
peut offrir de bon aux humains,
et tous me refusent.

« Avez-vous de l’or et de l’argent ? me disent- ils ;
nous ne souhaitons pas autre chose.

» Or, je me sauve, car j’ai peur
que les roses des buissons ne me demandent des parures de diamants
et que les papillons n’aient la prétention
de rouler carrosse dans la prairie !

— Non, non, ma bonne dame, s’écrient en riant les petites roses
qui avaient entendu grogner la fée :
nous avons des gouttes de rosée sur nos feuilles.

— Et nous, disent en folâtrant les papillons,
nous avons de l’or et de l’argent sur nos ailes.

— Voilà, dit la fée en s’en allant,
les seules gens raisonnables que je laisse sur la terre.

George Sand
Légendes rustiques 1859

JOYEUSES PAQUES ! ! !

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