
Mère Jeanne de la Perpétuelle Macération,
Abbesse du couvent Sainte Pétronille,
se confie au Père Kluh, aumônier du moutier,
connu pour sa grande sagesse…
et une débrouillardise certaine….
– Révérend Père, je voudrais vous entretenir d’un problème
qui, bien que bassement matériel,
n’est pas sans perturber certaines de nos sœurs…
– Parlez, ma Mère ! Si je puis, en la matière,
vous être d’une quelconque utilité…
– Voilà mon Père : notre communauté, respectueuse
de toutes les créatures de Dieu,
a recueilli deux perroquets femelles.
Or, ces volatiles qui ne connaissent qu’une seule
phrase qu’elles répètent inlassablement.
– Et quelle est cette phrase, je vous prie ?
– Nous sommes des prostituées, venez vous amuser avec nous !
Vous conviendrez, mon Père, que cette litanie
a de quoi troubler nos sœurs !
– Effectivement, ce langage est vraiment déplacé en ce saint lieu !
Mais j’ai peut-être une solution…
– Oh mon Père ! Nous vous serions infiniment reconnaissantes !
– Voilà ! Je possède moi-même deux perroquets mâles
auxquels j’ai appris à prier
et à lire la Bible.
Je vous les prête, vous réunirez les quatre oiseaux
et ainsi vosdeux femelles apprendront à louer et à adorer Dieu.
Lors de ma prochaine visite hebdomadaire,
vous me rendrez compte du résultat de l’opération.
Sitôt dit, sitôt fait ! La religieuse rapporte les deux volatiles du prêtre
au couvent et lesintroduit dans la volière des deux « perroquettes »
au langage impie.
La semaine suivante :
– Alors, ma Mère ? Votre problème de perroquets est-il résolu ?
– Oh, Révérend Père ! Le remède s’est révélé pire que le mal !
– Comment cela ? Expliquez-moi tout !
– Aussitôt vos deux perroquets introduits dans la volière,
nos deux femelles ontentamé leur antienne :
– Nous sommes des prostituées, venez vous amuser avec nous !
Alors un de vos deux oiseaux a dit à son compagnon :
– Tu peux ranger ta Bible ! Nos prières sont exaucées !