Quand on est chat on n’est pas vache on ne regarde pas passer les trains en mâchant les pâquerettes avec entrain on reste derrière ses moustaches (quand on est chat, on est chat)
Quand on est chat on n’est pas chien On ne lèche pas les vilains moches parce qu’ils ont du sucre plein les poches on ne brûle pas d’amour pour son prochain (quand on est chat, on n’est pas chien)
On passe l’hiver sur le radiateur à se chauffer doucement la fourrure
Au printemps on monte sur les toits pour faire taire les sales oiseaux
On est celui qui s’en va tout seul et pour qui tous les chemins se valent (quand on est chat, on est chat)
Le thé dilue un fond de rêve Le café remue les premières lueurs Le pain croustille Le beurre résiste à l’étalage Et toi silencieuse Attentive à picorer les miettes S’il te plaît Tais toi encore un peu….
« Elle avait un jardinier pour ami Qui ne jurait que par les fruits, Et l’affublait en toutes saisons De fruitiers surnoms ! De ma tendre pêche à mon petit abricot, De ma douce pomme à ma jolie noix de coco… Tous les fruits sans exception Remplaçaient en tous temps, son prénom !
Une nuit, elle rêva de son jardinier Assis au milieu de son verger, Admirant le fruit défendu Qu’elle était devenu… Ne pouvant résister plus longtemps, Il la cueillit, la déposa délicatement Sur un lit de feuilles dorées Et contre elle vint se coucher…
Au comble de l’excitation De sentir contre lui l’objet de sa passion, La couvrant de caresses, de baisers, Emporté par l’ivresse de la posséder Il se fit de plus en plus ardent, La serrant, la serrant… Et la belle qui ne voulait point finir sa vie En fruit pressé, supplia son ami De la laisser respirer, par pitié… Mais c’est alors que n’y tenant plus… Il la croqua… toute crue !
Et…
Elle se réveilla, affolée, Gesticulant en tous sens, le souffle coupé, Baignée de sueur au milieu du lit, Pendant que réveillé par ce charivari La voix toute ensommeillée, il lui dit : Qui y a-t-il mon petit grain de raisin, Voudrais-tu un câlin Pour chasser ces mauvais rêves, Et que sans trêve Jusqu’à l’aurore Je te dévore ?
Alors là… c’en ‘était trop… La belle ne fit qu’un saut, Pris sa couverture, son oreiller, Et s’en alla finir sa nuit sur le canapé… Devant le regard ébahi De son jardinier qui jamais ne comprit, Pourquoi il lui fût interdit désormais De l’appeler autrement que par son prénom, Aimée !«
« Des milliers et des milliers d’années Ne sauraient suffire Pour dire La petite seconde d’éternité Où tu m’as embrassée Où je t’ai embrassé Un matin dans la lumière de l’hiver……
« Et oui ! Je le sais bien ! Je n’emporterai rien, Pas même l’ombre d’un nuage. Mais qu’elle est belle, dans ma main, Cette fraise sauvage ! » Maurice Carême
« Les fraises sur le plat de blanche porcelaine gardent la fraîche odeur de l’aube sur la plaine, des branches, de la mousse et des sources glacées. Sur la nappe j’ai mis ton bouquet de pensées et tandis que les yeux pensifs tu te recueilles, ce soir grave, je vois glisser entre les feuilles la lune comme dans les vieilles élégies. Un souffle tiède et pur caresse les bougies et berce la glycine et les roses blafardes et la tonnelle. Prends des fraises. Tu regardes au champagne doré le sucre se dissoudre ; le temps sur nos cheveux verse du sucre en poudre et j’aurai quelque jour de larges mèches blanches. Mais qu’importe ! ce soir vers moi si tu te penches sans crainte de l’automne et des feuilles rougies et si pour mes baisers tu souffles les bougies. »
« Je passerai l’été dans l’herbe, sur le dos, La nuque dans les mains, les paupières mi-closes, Sans mêler un soupir à l’haleine des roses Ni troubler le sommeil léger des clairs échos.
Sans peur je livrerai mon sang, ma chair, mes os, Mon être, au cours de l’heure et des métamorphoses, Calme et laissant la foule innombrable des causes Dans l’ordre universel assurer mon repos.
Sous le pavillon d’or que le soleil déploie, Mes yeux boiront l’éther, dont l’immuable joie Filtrera dans mon âme au travers de mes cils,
Et je dirai, songeant aux hommes : « Que font-ils ? » Et le ressouvenir des amours et des haines Me bercera, pareil au bruit des mers lointaines. »
« Je t’adore, Soleil ! Tu mets dans l’air des roses, Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson ! Tu prends un arbre obscur et tu l’apothéoses ! Ô Soleil ! toi sans qui les choses Ne seraient que ce qu’elles sont ! »
« Mon esprit est ailleurs, loin de la terre ferme Il vole bien plus haut, pour que rien ne l’enferme Mes idées sont vagues, je me cherche un chemin Je découvre ma place, espace sans lendemain.
Mon cœur est en voyage, il est sur répondeur Il n’est pas joignable, calmez donc vos ardeurs. Mon estomac se bat, pour ne pas succomber Le grand huit de la vie, il l’a bien affronté.
Mais où est donc mon corps, dans toute cette affaire Il vague à mes envies, ou se laisse-t-il faire Par l’avancée du monde, et son nouveau régent ? L’injustice est la reine, apprivoisant les gens. »
« Il est un sentier creux dans la vallée étroite, Qui ne sait trop s’il marche à gauche ou bien à droite. C’est plaisir d’y passer, lorsque Mai sur ses bords, Comme un jeune prodigue, égrène ses trésors. »