
Un poisson d’avril
Est venu me raconter
Qu’on lui avait pris
Sa jolie corde à sauter
C’était un cheval
Qui l’emportait sur son coeur
Le long du canal
Où valsaient les remorqueurs
Et alors
Un serpent
S’est offert comme remplaçant
Le poisson
Très content
Est parti à travers champs
Il saute si haut
Qu’il s’est envolé dans l’air
Il saute si haut
Qu’il s’est retrouvé dans l’eau.
Boris Vian

Les poissons, les nageurs, les bateaux
Transforment l’eau.
L’eau est douce et ne bouge
Que pour ce qui la touche.
Le poisson avance
Comme un doigt dans un gant.
Le nageur danse lentement
Et la voile respire.
Mais l’eau douce bouge
Pour ce qui la touche.
Pour le poisson, pour le nageur, pour le bateau
Qu’elle porte
Et qu’elle emporte.
Paul Éluard
